Monsieur Hugo,
Vous avez connu plusieurs façons de partir,
Celles qu'on nous impose et qu'il faut bien subir,
Celles où l'on ne sait pas ce qu'il faudra bâtir,
Mais où rester encore serait déjà mentir.
Avant l'exil pourtant, il y avait votre maison,
Une enfant qui entrait sans demander la permission,
Quelques matins tranquilles, quelques conversations,
Et ces petits riens qui deviennent des traditions.
Elle venait vous voir, vous déranger peut-être,
Toucher à vos papiers, puis près de vous se mettre,
Vous raconter sa journée, tout ce qu'elle voulait connaître,
Et revenir demain, comme elle venait de le promettre.
Puis Léopoldine est morte.
Et aucune rime ne pouvait refermer cette porte.
Des années ont passé avant votre autre départ,
Un pays qu'on vous prend, qu'on regarde de quelque part,
Guernesey, puis la mer, l'horizon dans le brouillard,
Et la France assez proche pour revenir un jour, mais trop tard.
On vous permit finalement de rentrer,
Et cette fois, Monsieur, c'est vous qui avez refusé,
Comme si certains départs finissaient par nous changer,
Au point qu'on ne sait plus si revenir, c'est vraiment retourner.
Vous avez fait alors de vos mots un passage,
Pour garder ceux qui partent sans retenir leur visage,
Faire tenir une absence au milieu d'un ouvrage,
Et emporter les morts avec nous pour bagages.
Alors je vous écris simplement depuis mon coin,
Parce que moi aussi, bientôt, je partirai plus loin,
Sans savoir exactement ce que sera demain,
Mais avec cette pensée que partir n'efface rien.
On croit recommencer lorsqu'on change de chemin,
Mais on garde toujours quelque chose dans les mains,
Des visages, des endroits, un peu d'hier dans demain,
Et peut-être est-ce ça, finalement,
écrire son destin.
Parnèle



