> Leurs manches
Ils nous ont appris à marcher
En tenant nos doigts dans leurs mains,
Ils nous ont appris à parler
Et à retenir des principes pour demain.
Ils ont coupé dans leur gâteau
Pour nous laisser la plus grosse part,
Mis leurs fatigues sous le manteau
Et ont veillé, même malades et même tard.
Désormais, leurs pas deviennent plus lents,
Leurs mains cherchent parfois les nôtres,
Ils parlent des mêmes choses qu'avant,
Des leçons de guerre, de leur foi et des apôtres.
Le téléphone reste posé,
Et la pendule mange le silence,
Un café refroidit, qu'ils espéraient partager,
Et derrière la fenêtre, attendent une présence.
On dit qu'il fait trop chaud dehors,
Que les étés en deviennent trop cruels,
Alors on compte les morts
De ce soleil artificiel.
Mais qui comptera les dimanches
Où personne n'a poussé la porte ?
Les bras qui attendaient qu'on se penche
Et les « je vais bien » d'une voix morte ?
Bien sûr, ils n'ont pas tout bien fait.
Ils nous ont aimés comme ils savaient,
Avec leurs propres peurs et leurs regrets,
Parfois même trop, tant ils donnaient.
Alors, quand leurs jambes hésitent,
Ne marchons pas à leur place.
Ralentissons seulement le rythme
Pour avancer encore un peu dans leurs traces.
Emmenons-les revoir la mer,
Le marché, les fleurs et savourer le printemps.
Laissons-les faire, laissons-les faire,
Même si cela prend plus de temps.
Car un jour, leurs mains lâcheront
Celles qu'ils tenaient fermement autrefois,
Et nos maisons se souviendront
Qu'il manquera quelqu'un sous leur toit.
Nous étions petits, ils étaient grands.
Puis doucement la vie flanche.
Et c'est à nous de tenir quelque temps
Ces mains qui relevaient nos manches.
- Parnèle
Les textes vivent aussi à travers ceux qui les lisent.
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