> Les marges d'un livre



J'avais laissé ton livre au bord de ma fenêtre,
Comme on garde un jardin que rien ne peut ternir.
Chaque page semblait m'apprendre à mieux te connaître
Et ce silence où les mots savent nous retenir. 

Puis quelqu'un m'a montré ce que je refusais.
Une phrase oubliée. Un nom. Une signature.
Le papier n'avait pas changé,
Mais le monde avait pris une étrange fissure. 

J'ai rouvert ton recueil. Les vers étaient les mêmes.
Mais les roses avaient perdu leur éclat suprême,
Et je n'entendais plus tout à fait les poèmes ;
Car ton ombre en détournait chaque thème. 

J'ai fermé le volume d'un geste lent,
Comme on couvre un vieux meuble d'un voile blanc.
Non pour cacher les mots, ni la poussière,
Mais parce que mes yeux avaient perdu la lumière. 

Car parfois un poème est plus grand que sa source.
Parfois il lui ressemble jusque dans ses maux.
Et le lecteur demeure à la croisée des courses,
Tenant entre ses mains les pétales et les défauts.


- Parnèle




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