> L'art de me taire
On me demande le silence,
De retenir chaque courroux,
Et d'émousser toute évidence,
Pour n'écorcher jamais les cous.
Il faut sourire aux maladresses,
Aux mots trop lourds, aux faux détours ;
Effacer même mes tristesses,
Pour préserver paix et amour.
Je plie devant chaque caractère,
Apprends les silences et les lois ;
Je fais de l'autre un univers,
Et en oublie souvent d'être moi.
On dit : « Il faut apprendre à te fondre »,
Comme un remède à tout souci ;
Mais qui donc, lorsque je m'effondre,
Me trouve un remède ou un abri?
À force d'être plus sage,
Je me suis perdue en chemin,
Car on réclame mon courage,
Sans jamais me tendre la main.
Il faudrait lisser chaque angle,
Arrondir jusqu'à mes silences ;
Faire en sorte que rien n'étrangle
Le confort même de leur absence.
On m'apprend l'art de me dissoudre,
D'épouser l'humeur des saisons ;
De n'être qu'une fine poudre
Que l'on disperse à foison.
Alors, j'habille mes mots de velours,
Pour que nul cœur ne se déchire ;
Je taille mes gestes au jour,
Et à la mesure des désirs.
À force d'apprendre leurs langues,
Leurs peurs, leurs raisons, leurs chemins,
J'ai vu mon propre cœur en angle
Qu’on rabotait à pleines mains.
Alors je ploie encore et encore,
Comme un roseau sous tous les vents.
Mais le bois qui craque sans cesse,
Finit toujours par céder en dedans.
On me dira : « C'est la sagesse,
Il faut savoir s'accommoder. »
Je demande avec tendresse,
Quelle échine, avec moi, va se courber ?
On m'a appris l'art de me taire,
Pour que chacun vive en paix.
Mais à force de satisfaire,
Qui se souvient de qui j'étais ?
- Parnèle
Les textes vivent aussi à travers ceux qui les lisent.
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