On me demande le silence,
De retenir chaque courroux,
Et d'émousser toute évidence,
Pour n'écorcher jamais les cous.
Il faut sourire aux maladresses,
Aux mots trop lourds, aux faux détours ;
Effacer même mes tristesses,
Pour préserver paix et amour.
Je plie devant chaque caractère,
J'apprends les silences et les lois ;
Je fais de l'autre un univers,
Et j'oublie souvent d'être moi.
On dit : « Il faut apprendre à te fondre »,
Comme un remède à tout souci ;
Mais qui donc, lorsque je m'effondre,
Me trouve un remède ou un abri?
À force d'être plus sage,
Je me suis perdue en chemin,
Car on réclame mon courage...
Sans jamais me tendre la main.
Il faudrait lisser chaque angle,
Arrondir jusqu'à mes silences ;
Faire en sorte que rien n'étrangle
Le confort même de leur absence.
On m'apprend l'art de me dissoudre,
D'épouser l'humeur des saisons ;
De n'être qu'une fine poudre
Que l'on disperse à foison.
J'habille mes mots de velours,
Pour que nul cœur ne se déchire ;
Je taille mes gestes au jour,
Et à la mesure des désirs.
À force d'apprendre leurs langues,
Leurs peurs, leurs raisons, leurs chemins,
J'ai vu mon propre cœur en angle
Qu’on rabotait à pleines mains.
Alors je ploie... encore... encore...
Comme un roseau sous tous les vents ;
Mais le bois qui craque sans cesse
Finit par céder en dedans.
On me dira : « C'est la sagesse,
Il faut savoir s'accommoder. »
Je demande avec tendresse...
Qui donc, avec moi, va se courber ?
On m'a appris l'art de me taire,
Pour que chacun vive en paix ;
Mais à force de satisfaire...
Qui se souvient de qui j'étais ?
- Parnèle

